Aller à la page d'accueil Aller au menu principal Aller au contenu principal Aller au plan du site

De Tolkien à Ernst Jünger, les écrivains dans la Somme en 14-18

Les auteurs, poètes et artistes, au même titre que tous les hommes, ont été mobilisés durant la Première Guerre mondiale. Certains ont péri sur le front ou peu de temps après. Journaux, croquis, poèmes, rédigés dans les tranchés, mais aussi romans écrits parfois bien plus tard, sont autant de témoignage de l’horreur du conflit.

Couverture livre Historial écrivains

L’univers du Seigneur des Anneaux, né dans les tranchées de la Somme

L’œuvre de John Ronald Reuel Tolkien a été marqué par la Grande Guerre. Alors officier dans la Somme, survivant d’une génération d’étudiants d’Oxford morts au combat, il rédige au front les premières lignes de la légende fondatrice de l’univers du Seigneur des Anneaux : Le Silmarillion, publié après sa mort. Chacun des Grands Âges de l’histoire du monde s’achève sur une guerre qui mobilise toutes les terres connues. Ainsi, la victoire ne semble jamais définitive. Les œuvres de Tolkien montrent la guerre dans son horreur, le courage des simples soldats, sans glorification de l’épée, mais plutôt des valeurs défendues.
Retrouvez un article sur Tolkien dans la Somme durant la Grande Guerre.

D’exalté à virulent, l’évolution des écrits de Sassoon

Siegfried Sassoon (1886-1967) a écrit de nombreux poèmes sur le front, publiés dans les journaux, puis sous forme de recueil. Engagé à 28 ans, il arrive sur le front en novembre 1915. Au départ exalté par « cette grande aventure », son regard change radicalement et ses poèmes deviennent virulents, notamment envers l’État-Major, avec un grand recours à des images réalistes. Il y dénonce la guerre avec audace et livre la complexité du vécu des combattants. Il n’hésite pas également à dénoncer le culte de l’héroïsme et la propagande.

 

La chute d’Alan Seeger à Belloy-en-Santerre

Les écrits de l'américain Alan Seeger (1889-1916) comprennent un journal, des lettres et une vingtaine de poèmes, rédigés durant la guerre. En 1914, vivant à Paris, il s'engage dans la Légion étrangère, « par amour de la France ». Il rejoint le front de la Somme en mai 1916. Un de ses plus célèbres poèmes est tragiquement prémonitoire : « J'ai un rendez-vous avec la Mort/ Sur quelque pente d'une colline battue par les balles ». Il meurt le 4 juillet 1916 à Belloy-en-Santerre.

Vivre en Somme centenaire page écrivains
Hors série du Vivre en Somme été 2016

D’autres poètes dans la Somme

Pour se remémorer les événements de la Grande Guerre, les anglo-saxons récitent des poèmes de guerre. Parmi ces poètes soldats, certains témoignent des combats des Britanniques dans la Somme : Edmund Blunden, mobilisé près de Beaumont-Hamel, Isaac Rosenberg dans le King’s Own Royal Lancashire Regiment, Ivor Gurney qui publia en 1917 un recueil intitulé Severn & Somme ou bien encore Robert Graves, laissé pour mort durant la bataille de la Somme. Autant d’œuvres à découvrir pour leur valeur de témoignage et leurs qualités littéraires.

Frise et la main coupée de Cendrars

Dans La main coupée et J’ai tué, Blaise Cendrars raconte la guerre des tranchées. Engagé volontaire le 8 septembre 1914, le jeune Suisse passe par Péronne, puis arrive le 15 décembre 1915 à Frise. On retrouve dans La main coupée des lieux précis tels que La Grenouillère, les bachots et bassins d’anguilles, le Calvaire, le marais du Bois des vaches. A Frise, existe aujourd’hui un belvédère « Sur les pas de Blaise Cendrars ».

Ironie et impertinence de Georges Duhamel

Médecin, écrivain et poète français, Georges Duhamel (1884-1966) s'engage dans la Première Guerre mondiale, alors qu'il avait été réformé. Il assure le rôle de médecin aide-major dans des unités de chirurgie. De cette expérience, il tire deux romans : Vie des martyrs (1917) et Civilisation (1918), livre-témoignage sur la guerre et ses ravages où il évoque l'arrière. L'ironie et l'impertinence dépeignent un portrait sans concession de la société française et européenne de l'époque.

Également médecin sur le front, côté allemand, Wilhelm Klemm écrit de nombreux poèmes durant le conflit. D’abord patriotique, sa poésie devient ensuite pleine de compassion avec un grand lyrisme. Il rédige notamment un poème « Sur la Somme ».

« On dirait une immense foire Les balises lumineuses anglaises – brûlures roussies - Ensorcellent le paysage d’un rose mélancolique. De trou d’obus en trou d’obus nous trébuchons »

Wilhem Klemm, traduction de Nicolas Beaupré.

L’individualité sacrifiée : Von Unruh et Stramm

Fritz von Unruh, jeune noble qui a préféré la littérature à l’armée, se réengage pourtant comme lieutenant au 6e régiment de Ulhans. C’est en 1914 à Moyencourt, dans la Somme, qu’il achève son poème dramatique Vor der Entscheidung (Avant la décision). Deux personnages s’interrogent sur la guerre qui force les combattants à perdre leur individualité. Ce n’est que tardivement cependant qu’Unruh devient pacifiste, peut-être suite aux nombreuses censures que ses textes subissent.

August Stramm, capitaine de réserve, est engagé dans la Somme entre février et mars 1915, à Chaulnes et Chilly. Il y découvre la guerre des tranchées et rédige notamment 31 poèmes. Ils sont publiés dans la revue Der Sturm (La Tempête). Les protagonistes de son œuvre ne sont pas distinguables dans la souffrance et la mort : plus d’uniforme ni de patrie, seulement la chair et l’acier.

Un témoignage neutre chez Ernst Jünger

De décembre 1914 au 25 août 1918, Ernst Jünger tient son journal, témoignage de la vie des combattants durant la Première Guerre mondiale. Auteur d’Orages d’acier, il y raconte ses souvenirs de simple soldat, puis membre des troupes de choc de l’armée allemande. Il sera profondément marqué par le conflit, tant psychologiquement que physiquement avec 14 blessures. Cependant son œuvre « frappe par son souci d’exclure toute rhétorique humanitaire ou patriotique, par sa volonté de se limiter à un compte rendu quasi clinique des horreurs et des exaltations de la guerre », souligne Julien Hervier dans Écrivains en guerre 14-18,"Nous sommes des machines à oublier", éd. Gallimard/Historial de la Grande Guerre.

Ces écrivains de langue française, allemande et anglaise ont vécu comme des millions d’autres l’horreur de ce conflit mondial. Ils ont transcendé leur expérience à travers leurs écrits : lettres, poèmes, journaux, romans… Aujourd’hui, leurs paroles trouvent toujours une résonance : « Lest we forget », qu’on se souvienne !

Texte écrit à l’appui de l’ouvrage Écrivains en guerre 14-18 « Nous sommes des machines à oublier », édition Gallimard/ Historial de la Grande Guerre, mai 2016.

4e de couv livre Historial
4e de couverture de l'ouvrage.

 

 

À la une

De Tolkien à Ernst Jünger, les écrivains dans la Somme en 14-18

Chaque année, le Centre international de recherche de l'Historial de Péronne attribue les bourses Gerda Henkel à des étudiants et chercheurs dont les travaux portent sur la Grande Guerre. Retrouvez les lauréats 2017.

Lire la suite